Sur les traces du passé préhistorique

A découvrir absolument ! Les plus grandes traces connues de dinosaures ont été trouvées dans le Jura

Un site préhistorique exceptionnel a été découvert à Plagne au printemps 2009, commune de l'Ain située à 20 kms du village de Chézery-Forens. La découverte a été présentée comme exceptionnelle par le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), a annoncé le quotidien lyonnais Le Progrès dans son édition du 06 octobre 2009 (à lire ci-dessous). De nombreuses traces de sauropodes (herbivores proches du diplodocus) datant de plus de 150 millions d'années (jurassique supérieur) sont en cours de recensement et laissent penser que le site, par la longueur des pistes (plusieurs centaines de mètres) et la qualité des empreintes pourrait être l'un des plus importants d'Europe. Cette découverte vient contredire en outre la thèse selon laquelle l'océan aurait toujours recouvert la région.

Des traces de dinosaures découvertes dans l'Ain

Article de Muriel Florin (journal Le Progrès du 06/10/2009)

Une découverte « colossale» selon les deux paléontologues qui travaillent sur le site. De multiples traces de dinosaures ont été repérées sur la commune de Plagne, dans l'Ain. Entre Oyonnax et Bellegarde-sur-Valserine, ce lieu a incontestablement été fréquenté par de nombreux sauropodes avant de devenir le paradis des marcheurs, à une heure de Lyon.
Trace de sauropode, un herbivores proche du diplodocus
La qualité des traces, leur taille, la longueur des pistes sur lesquelles on peut suivre le déplacement de ces animaux impressionnants feraient du site le plus important d'Europe. Jeudi matin, cette découverte sera rendue publique. Le Progrès a pu cependant se rendre sur le site et obtenir quelques informations sur cette découverte, qui fera sans doute grand bruit dans le monde scientifique.

Tout commence au printemps lorsque Patrice et Marie-Hélène Marcaux, membres de la Société naturaliste d'Oyonnax repèrent des empreintes. Quelques jours plus tard, deux paléontologues lyonnais, Jean-Michel Mazin et Pierre Hantzpergue, respectivement rattachés au Cnrs et à l'Université Lyon 1 se rendent sur place et confirment la nature de la découverte : il s'agit bien là de pas de sauropodes, à savoir les dinosaures classiques et gentils. Ces grands herbivores à longs cous et longues queues cousins des diplodocus. Depuis, les sondages réalisés cet été présagent des chemins marqués sur plusieurs dizaines de mètres, voire quelques centaines... Ce qui donne à la découverte une ampleur exceptionnelle.

Devant l'enjeu, le Centre national de la recherche scientifique a mis en place un plan de communication très strict. Le site a été gardé secret jusqu'à hier, où quelques privilégiés ont pu s'y rendre, dont l'une de nos journalistes. Le 8 octobre, une armada de médias nationaux s'est invitée sur place.

Le site de Plagne n'est pas le premier à être découvert dans le massif du Jura. A la fin des années quatre-vingt, Christian Meyer, directeur du muséum d'histoire naturelle de Bâle mettait à jour des empreintes côté Suisse. Celles-ci venaient contredire la thèse selon laquelle la région avait toujours été recouverte par l'océan. En 2004, un membre de la Société naturaliste d'Oyonnax découvrait de nouvelles traces côté français aux abords du petit village de Coisia, au sud du Jura, au bord de l'Ain. En 2006 , une autre piste était mise à jour à Loulle, à quelques encablures de Champagnole. Plagne renforce l'image du massif d'un Jura bien différent de celui que nous connaissons... Il y a 150 millions d'années, il y avait là des plages et des lagunes. Au bord d'une mer peu profonde, des troupeaux circulaient. Ils nous ont légué leurs traces dans la boue.

Séchées au soleil, puis recouvertes de sédiments, elles se sont fossilisées. Côté recherche, commence un patient travail de relevés, de cartographies de prélèvements, de moulages... Suite à la découverte de Coisia et de Loulle, le Conseil général du Jura s'est lancé dans la valorisation de ces sites. Avec l'espoir de faire du secteur un lieu de visite touristique. La découverte de Plagne, plus proche de Lyon, donnera certainement lieu à une réflexion de ce type, si les premiers espoirs sont confirmés par les travaux des scientifiques. Pourquoi pas un Jurassic Parc, mais sans aucun danger pour le visiteur.

Muriel Florin

La découverte exceptionnelle de deux naturalistes amateurs a été présentée par le CNRS

Article de Denis Sergent (journal La Croix du 11/10/2009)

«C’est une chance d’être tombé sur un tel site de passage de dinosaures, mais ce n’est pas par hasard si on l’a trouvé. Cela fait des années qu’on s’intéresse aux fossiles et empreintes d’animaux préhistoriques dans la région. » Marie-Hélène Marcaud, « co-inventrice » de la piste de Plagne, à 20 km au sud-est d’Oyonnax et à quelques encablures de Genève, peut se glorifier d’avoir participé à une découverte exceptionnelle : celle des plus grandes traces de dinosaures connues à ce jour, correspondant à d’énormes dinosaures de plus de 20 mètres de long.
Grands dinosaures sur les futures pistes de ski de la Plagne
Cette ex-enseignante spécialisée pour enfants handicapés, aujourd’hui à la retraite, raconte comment Patrice Landry, 60 ans, géologue professionnel, Président de la Société des naturalistes d’Oyonnax (SDNO), et elle-même ont d’abord étudié les cartes géologiques, ainsi que les photos aériennes, pour déterminer les zones où la roche calcaire affleure, de façon à avoir à creuser le moins possible. En 2003, ils sont allés en Bolivie voir l’une des plus belles pistes de dinosaures. Tous deux avaient donc une idée assez précise de ce à quoi pouvait ressembler l’objet de leur quête.

C’est par une journée ensoleillée d’avril 2009, alors que la neige persistait encore par endroits, ils ont emprunté un chemin forestier, à 850 m d’altitude. « C’était la première fois qu’on venait là. » Au bout de quelques mètres sur ce calcaire gris-beige, « Patrice était à quatre pattes en train de regarder de plus près les fentes de dessiccation quand je remarquai un gros bourrelet, arrondi et grisâtre, qui émergeait de la terre végétale, se souvient Marie-Hélène. Très vite, j’ai pensé aux traces que nous avions vues ailleurs, et j’ai commencé à gratter. À la main, puis avec une pelle que nous avions dans la voiture. Quelle n’a pas été ma surprise quand j’ai vu que le diamètre du cercle grandissait au fur et à mesure que je dégageais terre et herbe : 40, 60, 80 cm, 1 m, 2 m même, en comptant le bourrelet d’expulsion de la boue ! » poursuit-elle. « On était tellement heureux d’avoir mis le doigt sur ce que nous cherchions depuis si longtemps », se souvient Patrice Landry.

« La qualité de la trentaine de traces que nous avons dégagées à ce jour à Plagne est due à une série de phénomènes exceptionnels, explique le paléobiologiste : une boue suffisamment solide pour que les dinosaures ne s’enlisent pas, un séchage au soleil, puis un recouvrement par de fins sédiments marins lors de grandes marées, de tempêtes ou de montées du niveau de la mer, et enfin une érosion par le vent et la pluie des couches supérieures jusqu’à ce que celle des traces arrive à nouveau à l’air libre. »

Résultat : la piste de Plagne, vieille de 150 millions d’années (Jurassique supérieur), est, à ce jour, la plus grande du monde. L’analyse préliminaire des traces a déjà permis de certifier qu’elle avait été empruntée par plusieurs sauropodes, d’énormes dinosaures herbivores pesant entre 40 et 60 tonnes, mesurant 4,50 m à l’épaule et dotés d’un long cou.

Les chercheurs estiment le coût d’une fouille complète entre 30 000 € et 50 000 € par an pendant trois ou quatre ans (uniquement l’été), à raison d’une quarantaine de personnes et de quelques pelleteuses. Ensuite, il faudra prévoir un abri pour éviter que les intempéries ne dégradent les vestiges calcaires. À terme, on pourrait créer un musée. De quoi bouleverser la vie des gens de ce petit village de 124 habitants. « Nous soutenons les fouilles, et, après, on verra », commente le maire, Gustave Michel, 64 ans, encore sous le coup de la surprise.

Denis Sergent